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Quantitative Easing : Planche à billets ou Monnaie de singe ?

Ecrit , le mercredi 1er mars 2017

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Le QE (Quantitative Easing) est une politique monétaire keynésienne utilisée dans le cadre d’une grave crise. La banque centrale finance directement l’Etat et les banques, et reçoit en contrepartie des obligations du Trésor et des créances plus ou moins fiables, voire « pourries ».
Le nom correspond au nom savant de la « planche à billets ».
L’Etat imprime des billets sans qu’il y ait en face des créations de richesses correspondantes.
La monnaie se dévalorise et se transforme en « monnaie de singe ».
L’efficacité des politiques de QE est faible mais par contre les risques sont très importants (inflation, endettement, bulles d’actifs, ruine des épargnants etc.).

Introduction.

Le QE (Quantitative Easing en anglais), ou « facilité quantitative » en français, est une technique monétaire non-conventionnelle utilisée par les banques centrales dans les périodes exceptionnelles de grave crise.
Le terme technique est une façon de masquer le fait que cela consiste à faire marcher « la planche à billets » et à imprimer de « la monnaie de singe » : cette monnaie ne repose sur rien : aucun stock d’or en face, ni aucune création de richesses.

L’exemple historique d’un pays développé faisant marcher la planche à billets, est la république de Weimar, c’est à dire l’Allemagne entre 1918 et 1933. L’Allemagne connut une crise économique sans précédent caractérisée par une chômage de masse et une hyperinflation.
Au XXIe siècle, cette technique fut utilisée d’abord au Japon, entre 2000 et 2006, pour faire face à une croissance anémique.
Puis par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, en 2008, le Japon en 2012 et la BCE depuis mars 2015.
Depuis la multiplication des QE, certains commentateurs (Pierre Jovanovic) évoquent un « Weimar planétaire ».

Cette technique est une politique néo-keynésienne (inventée par des keynésiens mais pas par Keynes lui-même) « de dernier ressort » qui vise à injecter de l’argent dans l’économie pour la relancer.

Le QE est-il une ADM de l’économie (Arme de Destruction Massive) ?
Il provoque de nouvelles dettes, dans une économie déjà surendettée, et des bulles (dans une économie où les actifs sont déjà surévalués) qui finissent par éclater et provoquer une crise bien pire que celle qui a été évitée.
Cela permet de repousser la crise mais aussi, très probablement, de l’amplifier.


I – La théorie économique du QE : le keynésianisme.

En résumé le keynésianisme revient à faire jouer un rôle à l’Etat pour « lisser » les cycles économiques, c’est à dire éviter les trop grandes fluctuations, à la baisse, comme à la hausse.
Normalement l’Etat injecte de l’argent dans l’économie quand la conjoncture baisse (ce qu’il fait toujours), et il en retire quand la conjoncture augmente (ce qu’il ne fait jamais)
Pour les keynésiens la demande est première.
Si je relance la demande (la consommation), derrière, les industriels seront obligés de suivre et d’augmenter l’offre de produits.

Ce mécanisme fonctionne, mais qu’en circuit fermé, avec des barrières douanières.
La grande « erreur » (stupidité) keynésienne actuelle est que quand l’Etat distribue de l’argent aux riches (les retraités cadre sup) ils achètent des voitures allemandes.
Et quand l’Etat distribue de l’argent aux pauvres, ils achètent des produits chinois.

Donc, j’ai relancé la consommation en France et cela a provoqué une augmentation de la production en Allemagne et en Chine.
A la France, les dettes de l’Etat. A la Chine et l’Allemagne, les excédents commerciaux.

Les 3 techniques keynésiennes.

Les keynésiens utilisent trois techniques :
- Les déficits budgétaires.
- La baisse des taux d’intérêt.
- Le QE.

II - La politique budgétaire.

Les keynésiens commencent par utiliser une politique budgétaire.

C’est à dire faire des déficits publics.
C’est ce qui s’est produit après le 1er choc pétrolier dans les pays développés.
Le dernier budget de l’Etat français en équilibre remonte d’ailleurs à 1973.

A - L’argent public est investi dans l’investissement.

- A travers des politiques de grands travaux.

Une technique utilisée :
- En France dans les années 70 avec le TGV et les centrales nucléaires.
- Au Japon dans les années 90, suite au double krach sur les marchés immobilier et actions qu’ils connurent pour avoir eu une politique monétaire trop laxiste (c’est toujours la même histoire qui se répète…)
- En Chine depuis la crise de 2008, ce qui a provoqué une bulle immobilière avec 100 millions de logements vides, des infrastructures sous-utilisée (les aéroports font doublon avec les lignes de TGV), et une surcapacité de production avec des usines, hauts fourneaux, qui ne produisent rien.

Cela relance le BTP et l’emploi local.

B - L’argent public pour la consommation.

A travers le recrutement de fonctionnaires (en surnombre) ou la distribution d’aides sociales (qui démotivent les travailleurs, encouragent le travail au noir ou domestique ou la fainéantise).
C’est la politique française depuis le 1er choc pétrolier et surtout l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.

III – La baisse des taux d’intérêt.

Les Keynésiens utilisent aussi la politique monétaire.

En abaissant les taux.

C’est la banque centrale qui abaisse les taux d’intérêts pour les prêts qu’elle fait aux banques commerciales.
Cette politique est en général postérieure, mais elle peut avoir lieu en même temps que le déficit budgétaire.
L’intérêt est de pousser la consommation à crédit et l’investissement à crédit.
Cette politique a été beaucoup utilisée dans les années 1990, par Alan Greenspan, le Président de la Réserve fédérale (ou Fed) américaine (leur banque centrale).
Et, notamment, après la crise du sud-est asiatique en 1997.

IV – Le QE ou planche à billets.

Quand la crise devient très forte et que les deux politiques précédentes ne parviennent pas à relancer l’économie.
Surtout, quand les Etats ont des déficits tellement forts qu’il n’y a pas assez d’épargnants sur la planète (Japonais, Allemands, Saoudiens, Chinois etc.) pour leur prêter de l’argent, les Etats sont obligés de se prêter de l’argent à eux-mêmes.

La banque centrale prête donc à l’Etat en achetant ses obligations du trésor (échéance supérieure ou égale à deux ans) ou ses bons du trésor (échéance inférieure à deux ans).

C’est une subdivision de l’Etat qui prête à l’Etat. L’Etat se prête à lui-même.
Soi-disant ces obligations d’Etat seront un jour remboursées par les Etats…

Cela a été le cas en 2008, où l’Etat américain avec un déficit public représentant 14% de son PIB, soit la somme gigantesque de 2000 milliards de dollars.

Dans le même temps, la Banque Centrale prête aux banques commerciales, voire à des entreprises et accepte en échange d’avoir des créances de ces banques (prêts faits par les banques), des obligations d’entreprises, voire même des actions.

Aux Etats-Unis, le QE représentait 100 milliards de dollars par mois.
La répartition était 80-20 : 80 milliards prêtés à l’Etat et 20 milliards aux entreprises (principalement les banques).

La Banque Central Européenne a annoncé un plan de QE le 22 janvier 2015. Les statuts de la BCE interdisant à la BCE de prêter à un Etat, la BCE achète sur le marché secondaire. Une politique qui s’est mise en place en mars 2015 pour un montant de 60 milliards d’euros par mois prévu pour une durée de 18 mois. En décembre 2016, la BCE annonce six mois supplémentaires. Puis en mars 2016, la BCE a annoncé un renforcement de la politique de QE passant à 80 milliards d’euros par mois.

A – Les objectifs du QE.

1° Financer l’Etat et son déficit abyssal.

Cf. Ci-dessus.

2° Distribuer de la liquidité aux banques.

Afin que ces dernières prêtent à l’économie réelle.

Le QE mis en place en 2008, visait à redonner des liquidités aux banques qui avaient beaucoup perdu dans la crise des subprimes.
Elles avaient prêté à des personnes peu solvables et ne pouvaient que récupérer l’hypothèque sur le bien immobilier. Mais la valeur du marché immobilier ayant fortement chuté, ne serait-ce qu’à cause des ventes de tous les biens saisis (beaucoup de vendeurs, peu d’acheteurs), les banques accumulèrent des pertes gigantesques qui auraient pu en conduire le plus grand nombre à la faillite.
Après la faillite de Lehman Brothers, on assista à un « Credit Crunch ». Les banques, ayant beaucoup perdu, ne prêtaient plus. Le QE leur fournit de nouvelles liquidités à prêter.

3° Faire baisser les taux d’intérêts.

Les taux d’intérêts représentent le marché de l’argent. D’un côté les offreurs d’argent, les épargnants ou les banques (qui ne prêtent pas leur épargne mais de l’argent qu’elles ont emprunté à la banque centrale, banque des banques) ; de l’autre, les demandeurs d’argent, les emprunteurs. Moins il y a d’offreur d’argent plus les prix (taux d’intérêts) montent. Si la banque centrale offre beaucoup d’argent, le prix de l’argent diminue.

4° Faire baisser la valeur de la monnaie.

Plus il y a de dollars en circulation, plus le prix du dollar est faible (toujours le même mécanisme d’offre et de demande. La demande de dollars à un instant T ne varie pas. Si la banque centrale imprime plein de dollars, le prix chute)
Cette baisse de la monnaie, constatée avec la livre sterling ou le dollar à partir de 2008, permet de relancer la compétitivité des produits locaux. Les exportations progressent et les importations régressent. La production et la balance commerciale s’améliorent.

5° Lutter contre la déflation.

La déflation est la baisse des prix.
Cette situation se produit actuellement sur les biens manufacturés car l’offre est trop importante (depuis 12008, la Chine a augmenté sa capacité de production) par rapport à la demande (le niveau de vie des Américains, des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens etc. a baissé ce qui provoque une baisse de leur consommation).
Normalement augmenter la quantité de monnaie fait baisser la valeur de monnaie ce qui devrait provoquer une hausse des prix.
Mais cette dernière ne peut pas avoir lieu sur les biens manufacturés car ils sont en trop grand nombre.
Par contre cela fait monter la valeur des actifs (immobilier, actions, matières premières, or etc.). D’où la constitution de bulles.

B – Les risques du QE.

Les risques du QE, sont d’abord ceux des trois politiques keynésiennes (déficits, taux faibles et QE) mis en avant par les critiques de Keynes, à commencer par Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek : ces politiques aboutissent à l’inflation et à l’endettement.
Les risques du QE ont bien été décrit par Nouriel Roubini dans son article « 10 questions sur l’assouplissement quantitatif » du 5 mars 2013 (cf. Project Syndicate).

1° - Comme toute politique keynésienne, le QE aboutit à l’inflation.

Les keynésiens augmentent la masse monétaire.
Soit parce que l’Etat augmente ses dépenses sans augmenter ses recettes (plus d’argent en circulation), ou parce que l’Etat facilite le crédit en abaissant les taux d’intérêts (plus d’emprunts, ce qui aboutit à plus d’argent) ou enfin parce que l’Etat fait marcher la planche à billets (impression de billets sans qu’il y ait en face un stock d’or ou une création de richesse).
L’Etat augmente la masse monétaire sans qu’il y ait une augmentation de la vraie richesse créée. Cela diminue la valeur de la monnaie. Et donc tend à faire monter les prix. Plus de monnaie pour la même richesse globale tend à faire baisser la valeur de la monnaie.
Le fait que l’augmentation de la masse monétaire crée de l’inflation avait été démontré par Jean Bodin en 1568 qui développe les bases de la théorie quantitative de la monnaie.
Cette théorie fut ensuite reprise par Milton Friedman dans les années 1970.

2° - Comme toute politique keynésienne, le QE aboutit au surendettement.

- Les déficits publics (sur une année, qui se rattachent au compte de résultats) s’accumulent en dette (cumul de toutes les années, qui relèvent du bilan).
- Les taux d’intérêts bas, poussent tous les acteurs de l’économie (Etat, entreprises et particuliers) à s’endetter.
- Le QE finance le budget de l’Etat (ou les banques) sans être obligé de lever des impôts supplémentaires ou de réclamer de l’argent aux épargnants de la planète. C’est la solution de facilité. Donc cela ne pousse pas l’Etat à faire attention à la croissance de sa dette, à restreindre ses dépenses.

3° - Les politiques de QE « retardent le nécessaire processus de désendettement ».

Tant du secteur public que du secteur privé. Cela crée une armée de « zombies » : des entreprises zombies et des gouvernements zombies (des morts-vivants).
Les mesures de QE doivent donc être éliminées de manière progressive.

4° - Le QE à répétition peut devenir inefficace.

Quand les canaux de transmission de l’argent à l’économie réelle ne fonctionnent pas.
Exemple : le QE doit faire baisser les taux des obligations. Mais si les taux sont déjà à zéro (ce qui était le cas quand la BCE a débuté son QE en mars 2015) ils ne peuvent tomber en dessous.
2e exemple : le QE permet de donner des liquidités aux banques. Mais les banques, échaudées par leurs pertes (dans les subprimes) peuvent ne pas oser prêter aux emprunteurs moyennement solvables.

5° - Le canal du taux de change est inefficace si on a une guerre de QE.

Parmi les objectifs du QE figure la baisse de la monnaie. Mais si plusieurs grandes banques centrales mettent en place le QE en même temps, toutes les grandes monnaies baissent, et aucun pays ne bénéficie d’un surplus d’exportations. Si une balance commerciale s’améliore, cela se fait au détriment des autres (la somme des balances commerciales mondiales est égale à zéro). Elles ne peuvent pas toutes s’améliorer en même temps.

6° - Le QE des pays développés entraîne un excès de capitaux dans les émergents.

Les banques des pays développés préfèrent investir leur argent dans des pays émergents où les rendements sont meilleurs.
Ce qui déstabilise les pays émergents.

La Fed distribue de l’argent à Bank of America qui veut le placer au Brésil.
a - Pour l’investir au Brésil BoA doit d’abord changer ses dollars US en réals brésiliens. Ce faisant, BoA fait monter le real (le prix est la confrontation de la demande t de l’offre. Si la demande progresse, le prix monte. S’il y a plein d’acheteurs pour ma maison, je vais la vendre plus chère. S’il y a plein d’acheteur de real, le real monte. Cela déstabilise le Brésil car les prix des produits brésiliens deviennent plus chers.
b – Ensuite Bank of America place ses reals au Brésil. Il achète des actions, des immeubles, ou des bons du Trésor. Ce faisant il fait monter les prix au Brésil (plus d’acheteurs qu’avant) et provoque de l’inflation.
c - Les prix montent en real et le real monte. Le Brésil perd deux fois en compétitivité. Il produit moins. Sa balance commerciale se dégrade. Son chômage progresse.

D’où l’effondrement actuel du Brésil, mais aussi de la Turquie et de nombreux pays émergents.

7° - Le QE persistant provoque des bulles d’actif.

Ces bulles peuvent être immobilières, sur les actions, ou sur les matières premières.
« Maintenir les taux trop bas pendant trop longtemps peut alimenter ce genre de bulles ».
C’est ce qui s’est passé durant la période 2000-2006 quand la Fed avait maintenu les taux à 1%. Cela a alimenté les bulles de crédit, logements, subprimes.

8° - Le QE crée un problème d’aléa moral.

Il affaiblit les incitations des gouvernements à poursuivre les réformes nécessaires. Il retarde la rigueur budgétaire. En maintenant les taux trop bas, il encourage les comportements risqués (trop emprunter et trop investir). C’est le phénomène de « mal-investissement » dénoncé par les Autrichiens (Mises, Hayek). D’où les bulles immobilières (notamment en Chine avec 100 millions de logements vides) et la trop grande capacité de production planétaire par rapport à la demande.

9° La sortie du QE est délicate.

Si la sortie se produit trop tard, la conséquence peut-être de l’inflation ou des bulles d’actifs.
Si lors de la sortie, la banque centrale revend les actifs achetés, une forte hausse des taux d’intérêts pourrait étouffer la croissance.

10° Une période prolongée de taux d’intérêts réels négatifs ruine les épargnants.

Cela effectue un transfert financier des épargnants vers les endettés. Cela porte atteinte aux retraités et aux fonds de pension.

11° Un ralentissement du crédit si les banques ont de trop faibles marges.

Ce qui est en train de se passer pour les compagnies d’assurance.
Leurs placements ont des rendements tellement faibles que certaines ferment ou licencient.

12° Le non retour à des politiques monétaires conventionnelles.

Les taux d’intérêts sont aujourd’hui négatifs. Les prêteurs perdent de l’argent. C’est absurde. C’est la destruction du capitalisme.