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Perrette et le pot de lait...

Ecrit , le vendredi 24 janvier 2014

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Le procédé consiste en théorie à faire investir les entreprises dans leur outil de production afin de le rendre plus performant pour produire davantage à moindre coût. Elles pourront donc proposer des produits attractifs que les clients vont acheter, initialisant ainsi un cercle vertueux :
Les produits se vendant bien, la production va augmenter et donc les entreprises vont embaucher. Les personnes embauchées verront leur situation financière s’améliorer et pourront donc consommer davantage, ce qui fait que la production augmentera encore.

Comment faire, me direz-vous, pour que les entreprises investissent ?
Élémentaire, mon cher Watson ! Il suffit de diminuer les charges financières qu’elles doivent payer. Ainsi, leurs coûts de production vont diminuer et elles pourront réinvestir cet argent disponible.

Cette belle construction intellectuelle se heurte cependant à quelques difficultés :
1) Rien ne prouve que les chefs d’entreprise aillent immédiatement investir dans l’outil de production. Ceux qui ont une trésorerie « chancelante » chercheront à la consolider en priorité pour se donner, comme disent les marins « un peu d’eau sous la quille »
2) Ces mesures, destinées à créer des emplois en France, produiront leurs effets supposés dans le long terme, alors que nous sommes dans l’urgence.
3) L’expérience montre que jusqu’à présent, aucune relance par l’offre n’a créé le moindre emploi. Un exemple récent, sous la présidence de N Sarkozy, appelé le « plan des 1000 projets » n’a donné aucun résultat montrant une diminution du chômage.
4) Pour écouler cette production supplémentaire qu’on appelle l’offre, il faut que des clients achètent. Si les produits ne se vendent pas, pas la peine de les fabriquer. Les entreprises n’investiront pas dans ce cas et n’embaucheront pas davantage.

Alors, pourquoi cette relance par l’offre ?
Parce qu’elle donne l’illusion de faire quelque chose, en parfaite orthodoxie avec la politique économique défendue par les instances européennes. En réalité, elle constitue la seule voie possible dès lors qu’on se prive volontairement de toutes les autres. Ce qui devient dramatique, c’est qu’on veut faire croire au « bon peuple » que le salut réside uniquement dans l’application de cette politique dite du « sapeur Camembert » (qui creusait un trou pour combler le trou précédent) alors qu’elle ressemble plutôt aux rêveries de Perrette.
En tous cas, elle semble irréaliste si on veut la mener conjointement avec la politique de réduction des déficits publics telle que le traité budgétaire de 2012 nous l’impose. Ce traité oblige le gouvernement français à limiter son déficit budgétaire annuel à 0,5% du PIB soit autour de 10 milliards d’euros alors que depuis 2008 il est de l’ordre de 80 milliards et simultanément réduire la dette publique de 5% par an pour la part de celle-ci s’élevant au-delà des 60% du PIB.

Notre dette publique s’élevant à environ 2.000 milliards d’euros, il faut donc la réduire de 40% en 20 ans, ce qui représente une charge supplémentaire de 40 milliards par an. Nous en sommes donc à 120 milliards/an.

Si nous ajoutons à ces 120 milliards les 30 milliards que représentent la baisse des charges consentie aux entreprises dans ce « pacte de compétitivité », ce sont 150 milliards qu’il faut financer par la réduction des dépenses de l’Etat, une nouvelle augmentation d’impôts étant à-priori écartée.

Ces montants ne sont pas tenables. Nos dirigeants politiques, UMP et PS, qui les ont acceptés au travers de la ratification du traité en ont-ils réellement mesuré les effets ? Il est permis d’en douter. Ou bien pensaient-ils déjà que ce traité ne s’appliquerait jamais ?
Peut-on sortir d’une telle situation, coincés que nous sommes entre un déficit récurrent, une dette publique galopante, une croissance en berne et un chômage grandissant ?

Il y aurait bien une solution qui a fait ses preuves, mais elle est contraire au dogme du libéralisme et suppose pour pouvoir l’appliquer que nous reprenions préalablement notre souveraineté politique et financière. Je veux parler de la relance par la « demande ».
Enseignée par l’économiste anglais John Maynard Keynes, elle fut utilisée par F D Roosevelt pour ce qui est connu sous le nom de « New-deal » et qui a permis aux États-Unis de sortir de la crise de 1929. De Gaulle l’a utilisée également en 1958 avec succès.

Seulement il y a un hic : une relance keynésienne suppose deux conditions préalables ;
1) Le contrôle de la monnaie par l’État
2) Le contrôle des frontières
Si ces deux conditions ne sont pas réalisées, l’État ne pourra pas augmenter la masse monétaire pour effectuer une dévaluation compétitive ni lancer une politique de « grands travaux » car il ne pourra pas émettre de monnaie. Une trop grande perméabilité des frontières fait courir le risque d’augmenter le déséquilibre du commerce extérieur alors que l’on veut relancer la production interne.

Ce type de relance a toujours été combattu par les libéraux car elle redonne aux États un rôle principal dans l’économie alors même que la doctrine libérale veut minimiser ce rôle.

Cela implique naturellement dans un premier temps de laisser « filer » le déficit budgétaire. Après tout, l’Angleterre le fait et en 2014, elle va produire plus de voitures que nous. Si nous reprenons le contrôle de notre monnaie, comme le fait l’Angleterre, nous n’aurons pas à nous endetter davantage.

Nous sommes donc à la croisée des chemins. D’un côté, une relance par l’offre qui n’est pas financée et dont on peut craindre qu’elle ne donne pas de résultats en matière de création d’emplois et de l’autre un changement complet de paradigme économique en renouant avec la politique de de Gaulle de 1958, qui a donné les résultats que nous connaissons.

Mais voilà ; tout le monde n’est pas de Gaulle. Celui-ci disait :

« Pour faire de grandes choses, il faut de grands hommes, et ceux-ci ne le sont que parce qu’ils ont choisi de l’être. »