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Patriotisme et Nation

Ecrit , le jeudi 4 août 2016

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Quelques mots sur nationalisme et patriotisme.
Deux notions aujourd’hui confondues. Proches, certes, mais distinctes.
Suis-je plutôt patriote ou nationaliste ?
Suis-je un citoyen imprégné de patriotisme ou de nationalisme ?
Nous souhaitons ici clarifier ces notions et porter notre vision d’un « patriotisme national ».

On répète souvent une définition du patriotisme, simple et juste, « le patriotisme est l’amour de son pays », que l’on accompagne d’une autre concernant le nationalisme, simple mais idéologique, subjective et assez fausse, « le nationalisme serait la haine des autres ».
On retrouve même cette définition des deux notions dans les manuels scolaires (ce qui est extrêmement grave, sur le plan de la qualité pédagogique).
On attribue ces définitions à Charles de Gaulle. Elles sont de Romain Gary, écrivain gaulliste, que l’on ne peut cependant comparer (politiquement) au Général de Gaulle.

De Gaulle, en outre, pourrait être plutôt rangé dans la catégorie des nationalistes comme le démontre Serge Berstein, historien reconnu, dans son "Histoire du Gaullisme". Nous y reviendrons.

Il est donc essentiel de formuler des définitions sérieuses de ces concepts de patriotisme et de nationalisme, si l’on veut les appréhender dans leur véritable dimension et clarifier leur sens.

Qu’est-ce que le patriotisme, que recouvre-t-il ?

Le mot "patria" du latin médiéval et le mot « patrie » adopté dans la langue française au seizième siècle désignent : la terre des pères.
La patrie est donc la terre des ancêtres, Terra Patrum, c’est à dire le sol et l’héritage (légué par les ancêtres).
Le terme de patriotisme apparaît, lui, plus tard dans le courant du dix-huitième siècle.
Le sentiment qu’il définit existe cependant déjà depuis longtemps.
Bossuet rappelle que "la société humaine demande que l’on aime la terre où l’on habite ensemble ; on la regarde comme une mère et une nourrice commune, on s’y attache et cela unit. C’est ce que les latins appellent Caritas patrii Soli, l’amour de la patrie".

Le patriotisme est donc l’amour de sa terre et de son héritage (notamment culturel, historique et géographique).

En quoi le nationalisme se distingue-t-il du patriotisme alors ?

Si la patrie est l’héritage, la nation est l’héritière. Constituée d’un groupement humain aggloméré par l’Histoire sur un sol particulier, elle rassemble des hommes et des femmes qui se rattachent par la naissance (essentiellement) à cette patrie.

Dans sa conférence célébrissime de 1882 intitulée Qu’est-ce qu’une nation ? Ernest Renan donne une définition de la nation éloquente. Constamment reprise par les hommes politiques, les journalistes, les intellectuels d’aujourd’hui, ils n’en restituent cependant qu’une version tronquée.
Oubliant la première partie de sa conférence, ils n’en retiennent que la seconde.
Que dit exactement Renan à propos de la nation ?
"La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble".
Si l’on ne retient aujourd’hui que la seconde partie, que Renan qualifie de "plébiscite de tous les jours", on oublie trop facilement l’insistance de Renan sur "l’héritage qu’on a reçu indivis". Renan ajoute même "le culte des ancêtres est de tous le plus légitime" et "un passé héroïque, des grands hommes (...) de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale".
Pour qu’existe réellement une nation, il faut donc que ceux, la composant, résultent d’une association sur le même sol des vivants et des morts ainsi que de ceux qui naîtront.
Maurice Barrès, le dit : la nation c’est "la possession en commun d’un antique cimetière".

Veiller prioritairement à protéger la patrie et la nation, ensemble, c’est le propre du nationalisme.

Revenons à une brève Chronologie du mot « nationalisme ».

Si le mot nation est très ancien, le mot nationalisme est, lui, plus récent. Apparu sous la plume de l’Abbé Barruel, en 1798, pour dénoncer les excès du patriotisme qu’étaient, selon l’auteur de l’expression, ceux des Jacobins pendant la révolution française, le mot n’est quasiment pas repris au cours du XIXème siècle.
Il ne figure alors pas dans le Littré et apparaît dans le grand dictionnaire universel de Pierre Larousse en 1874 sous deux sens : le premier comme synonyme de "chauvinisme" et le second pour qualifier les mouvements "nationalistes" du XIXème siècle (visant la formation d’Etats Souverains et indépendants italiens et allemands, lesquels aboutirent à l’unité italienne puis allemande).

Le mot nationalisme devient même un terme courant dans la vie politique française à partir du moment où Barrès l’utilisa dans un article du Figaro le 04 juillet 1892.

Quelle est la position du nationalisme sur l’échiquier politique ?

Depuis que le peuple a remplacé le roi dans l’incarnation de la nation c’est à dire à partir de la révolution, l’exaltation du sentiment national s’est exprimée à gauche de l’échiquier politique. A Valmy on entend pour la première fois "Vive la Nation". Mais après la guerre de 1870 et à travers la crise boulangiste, le nationalisme est poussé de gauche à droite. Et même suite à l’affaire Dreyfus, à l’extrême droite.
Cette étiquette, infâmante, (plus particulièrement après la second guerre mondiale) explique le refus d’hommes politiques comme Poincaré, Peguy ou de Gaulle de revendiquer le caractère nationaliste de leur actions ou idées.
Leur nationalisme est pourtant indiscutable si l’on se penche sur les critères essentiels de la définition du nationalisme.
A tel point qu’au tournant du XXème siècle se constitue une doctrine à travers les textes de ces penseurs français (Barrès, Maurras, Thibaudet ou encore Peguy et bien d’autres).
Le nationalisme peut alors se définir ainsi sur le plan politique, dans le cadre d’un Etat Nation constitué, ce qui est bien entendu le cas de la France, comme : un souci prioritaire de conserver l’indépendance et de maintenir l’intégrité de la souveraineté de l’Etat-Nation.

Sur le plan moral et idéologique : le nationalisme met en avant la grandeur de la France, de son patrimoine, de son histoire et de sa littérature etc.
Pour bien distinguer ainsi le nationalisme du simple patriotisme (car si tout nationaliste est patriote, tout patriote n’est pas nécessairement nationaliste) : il faut insister sur le caractère prioritaire de l’attachement à la patrie et à la nation (héritage et héritière).
De ce point de vue, la phrase d’Albert Thibaudet définissant le nationalisme est très claire : "la politique vue sous l’angle des intérêts, des droits et de l’idéal de la nation".

Pour un nationaliste, le cosmopolitisme est indéfendable. Il existe une "hiérarchie des préférences", qui n’est pas nécessairement hostile aux autres nations, préférer n’est pas exclure.
Du Bellay écrivait au XVIème siècle : "plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux, que les palais romains le Front Audacieux". Humaniste reconnu, du Bellay apprécie les grands édifices de la Rome antique et chrétienne. Il y préfère toutefois sa "propre maison", celle-ci est : son héritage.
Le nationaliste est donc d’abord un héritier. C’est aussi ce clivage fondamental qui distingue la gauche et la droite aujourd’hui.

Revenons à de Gaulle. Dans la conférence qu’il donne, jeune officier, devant ses camarades en 1913, intitulée du patriotisme, le futur fondateur de la Vème république reprend à son compte cette phrase du poète et homme politique aujourd’hui bien oublié, Paul Deroulède : "celui qui n’aime pas sa mère plus que les autres mères et sa patrie plus que les autres patries, n’aime ni sa mère ni sa patrie".
Au début des Mémoires de Guerre, de Gaulle écrit "ce qu’il advenait à la France (...) m’intéressait par-dessus tout (...) l’intérêt de la vie consistait à lui rendre, un jour, quelque service signalé".
Il compare notre pays à la "princesse des contes ou la madone aux fresques des murs (...) vouée à une destinée éminente et exceptionnelle".
De Gaulle illustre parfaitement ce qu’est le nationalisme.

La triple influence de Peguy, Barrès et Maurras, dans sa pensée, n’est pas contestable.
Contrairement à ce que disent, ceux qui ne l’ont jamais lu, la conception du nationalisme maurrassien n’est pas raciste. Dans un article du 1er octobre 1926 le "vieux maître" écrit : "nous sommes des nationalistes, nous ne sommes pas des nationalistes allemands (...) on ne fera pas de nous des racistes ou des gobinistes". (Allusion à l’écrivain Gobineau).

Un patriote peut ainsi défendre la conception d’une Europe fédérale, non pas un nationaliste.
Voilà ce qui distingue, dans son amour de la patrie, le nationaliste du patriote : sa priorité donnée à la France, à son Etat, à sa nation, à son Etat-Nation.

Nationalisme, patriotisme, deux notions proches, donc, qu’une "hiérarchie des préférences" distingue assez clairement.
Il serait bienvenu qu’aujourd’hui on sache davantage relier nation et patrie, patriotisme et nationalisme, sans que l’un rende l’autre infâmant.
Quoi de plus noble, en effet, que de défendre ensemble l’héritage et l’héritier ? D’accorder à l’un et à l’autre, une préférence somme toute légitime, lorsqu’on est élu de la nation, promu (par l’élection) pour défendre l’intérêt de son peuple ?
Barrès écrit ainsi dans Scènes et doctrines du nationalisme "le nationalisme c’est de résoudre chaque question par rapport à la France."

Sauf à vouloir céder à une injonction supra-étatique, supranationale, à laquelle chez Idées Nation nous n’accordons que peu de valeur, nous le redisons : la France reste prioritaire.

Club Idées Nation.