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L’Etat-Stratège, architecte d’une meilleure sécurité

Ecrit , le mercredi 15 juin 2016

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Dans le domaine du renseignement, la nécessité d’une plus grande participation citoyenne s’impose progressivement comme une réalité à accepter. Les événements récents renforcent cette idée.
On l’observe, les menaces sont croissantes (cyber menaces, islamo-terrorisme, insécurité, migrations incontrôlées,…) et tendent à remettre en cause l’organisation actuelle de notre sécurité.
N’y aurait-t-il pas, dans le contexte actuel, nécessité de changer de paradigme culturel et politique dans l’organisation de ce qu’il faut bien appeler, la riposte sécuritaire ?
En dépit du développement de vecteurs d’expression et de contestation de plus en plus aptes à fragiliser l’État, celui-ci demeure la seule structure garante de l’équilibre de notre société.
Il importe donc aujourd’hui de conforter l’État dans cette mission sécuritaire, quitte à en modifier le mode de gouvernance sur ces questions. N’y aurait-il pas lieu ainsi à associer plus étroitement la population française ?
Pour des raisons historiques et culturelles, en France, l’encouragement du citoyen à devenir acteur de sa propre sécurité et de celle de la collectivité n’est pas à l’ordre du jour. La question comporte de sérieux risques de dévoiement et d’abus de toute nature. Le défi est de taille, cependant la survie de notre mode de vie et du respect de ses valeurs pourrait toutefois en dépendre.
Ainsi, les options suivies récemment et consistant à renforcer les effectifs dédiés à la sécurité ou à durcir leur armement, à abonder les budgets de lutte anti-terroriste ou encore à mobiliser les réserves militaires et policières, apparaissent relativement inefficaces. Le souhait d’associer les acteurs privés de la sécurité au renseignement représentent des efforts louables. Ces mesures permettent de consolider temporairement des digues, pour autant celles-ci se fragilisent chaque jour davantage. La répétition d’attentats, malgré tous ces efforts, interpelle.
L’État se trouve même peu à peu confronté à son propre seuil capacitaire dans le domaine de la protection physique des personnes. La création de « fan zones », pour rassembler les supporters et ainsi concentrer l’emploi des forces, l’illustre.
Les structures dépositaires de l’autorité publique ont peine à investir le champ de la cyber sécurité et restent encore démunies en matière légale. Ceci pose aussi la question du respect de la protection des données personnelles.
En proie à la complexification des enjeux, L’Etat semble aujourd’hui submergé. Il s’affaiblit même et probablement par manque de stratégie.
Cette « guerre » sera perdue d’avance si elle ne procède d’aucune stratégie mûrie ou innovante.
L’effondrement de l’Etat-Providence, auquel on assiste progressivement devrait peut être laisser justement place à un Etat-Stratège.
Un Etat qui ne se contente pas de « gérer », ou d’assister le quotidien voire d’empiler des mesures de faible portée ; mais un Etat capable de préparer l’avenir, de nourrir une authentique vision prospective.
Seul un État-stratège, et qui assume cette vocation, serait en capacité d’assumer, de canaliser et traiter les problèmes sécuritaires que nous abordons.
Le citoyen a toujours autant, si ce n’est davantage besoin de répondre à l’incertitude du lendemain. L’anxiété actuelle constatée chez nos concitoyens n’est peut-être pas seulement née de la crise économique d’hier ; elle se nourrit peut être de l’impression de faiblesse de l’Etat dans la préparation de celle de demain...
Et, le manque de moyens actuels oblige à repenser le rôle de l’Etat dans la préparation des crises possibles. Celui-ci doit choisir une stratégie, économe en moyens, souple dans son exécution et efficace dans ses effets.
Or, dans le domaine sécuritaire, l’État fait face à une double option.
Soit il se durcit, et nous l’observons, ceci peut conduire à des excès ou des réactions brutales des citoyens. L’histoire européenne l’illustre.
Soit il fait appel à l’effort citoyen.
Il est de la responsabilité d’un État-stratège de modifier le processus de renforcement du contrôle en cours de la société.
Ce processus actuel l’oriente mécaniquement vers une forme de despotisme.
Ainsi seules deux possibilités se présentent à nos yeux : soit l’État sera davantage incité à se renseigner sur le citoyen et donc à le contrôler de manière toujours plus oppressante, soit le citoyen sera appelé à coopérer volontairement et de manière responsable à la manœuvre du renseignement de terrain pour appuyer l’Etat comme garant de sa propre sécurité.
Cette seconde option nous semble préférable à la première.
Il ne s’agit pas de tomber dans l’excès connu de certains pays, où l’Etat est déficient, où d’inciter à la constitution de milices géographiquement localisées. Mais d’éviter justement ces écueils. Or, la prévention et l’anticipation des menaces pourraient exiger demain une participation citoyenne plus importante aux dispositifs sécuritaires. Faute de quoi l’État risque de n’avoir comme autre choix que d’accumuler des mesures restrictives de liberté.
Notre vieille nation hésite encore. Elle confie traditionnellement à l’Etat (et à ses unités de sécurité publique) la responsabilité des fonctions régaliennes de Défense et de Sécurité.
S’il n’est bien entendu pas question de remettre ici en cause le monopole de l’usage de la force légitime dont seul l’État doit disposer. Il faut cependant prendre acte des faiblesses actuelles et du manque de moyens dont nous disposons (au sein de l’appareil d’État).
Encore très imprégné de jacobinisme, par paresse d’engager une authentique réflexion stratégique, sous la pression de courts mandats électifs, l’Etat ne parvient encore malheureusement pas à reconnaître et donc à traiter ses défaillances.
La réflexion stratégique passe pourtant par une incontournable évaluation des forces et faiblesses en présence.
Ainsi, au-delà du slogan, un Etat-stratège gagnerait à reconnaître qu’en matière de renseignement, il ne peut seul faire face aux menaces actuelles.
Il lui revient de diriger un nouvel exercice démocratique, celui de la mobilisation nationale en matière d’information civique et de participation citoyenne à l’appareil sécuritaire.
C’est une piste à réfléchir, non sans pertinence.
Le renseignement humain est un facteur déterminant pour réduire à néant une menace. L’exemple des succès des plateformes de signalement est à retenir. Pour mémoire : c’est grâce au numéro 197 que la « planque » d’Abaaoud a été signalée et c’est un témoignage spontané qui permît de loger Abdeslam à Molenbeek.
Quelques pistes se profilent ainsi pour un Etat Stratège, aussi en matière de sécurité, sans surcoût insupportable au citoyen :
- Optimiser le développement des instruments de recueil, de partage et de traitement du renseignement (fluidifiant ainsi le passage du niveau territorial au niveau central).
- Susciter la mise en œuvre d’une volonté politique forte : par une indispensable implication de la société dans son ensemble, un discours mobilisateur (notamment en direction de la communauté musulmane), l’encouragement au signalement systématique de profils suspects par les agents de l’État en poste dans la fonction publique et territoriale.
- organiser, sur le moyen et long terme, la révision des stratégies de renseignement (simplification de l’organisation des services, etc.).
Les enjeux de sécurité nationale méritent d’être pris en compte avec davantage de volonté qu’aujourd’hui. Les pistes évoquées mériteraient, à tout le moins, d’être davantage étudiées aujourd’hui.
Un Etat Stratège assumant ce rôle de coordinateur, que nous dessinons ici, pourrait aisément atteindre ces objectifs. Il offrirait probablement ainsi davantage de garanties aux Français dans la prise en compte de leur sécurité.
Le choix de diffusions de spots contre l’amalgame (raciste, religieux etc.), en réponse aux attentats, est symptomatique du refus de concentrer les moyens sur une véritable stratégie sécuritaire et d’en chercher les véritables causes.
C’est pourtant à l’Etat d’assumer ce rôle. S’il s’assume enfin en Stratège. Enfin.

Club idées Nation, en coopération avec un Officier supérieur.