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Gaz de Schiste : Un avenir possible ?

Ecrit , le vendredi 19 août 2016

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Le développement du gaz de schiste et de l’huile de schiste américain a reposé sur différents facteurs, propres aux États-Unis, qu’ils fussent historiques, géologiques, géographiques, juridiques et économiques.

Du point de vue historique, le pétrole et le gaz sont des sources d’énergie importantes dans l’histoire des États-Unis et ce dès le XIX ème siècle (Rockfeller, Bush…). Il suffit de rouler au Texas ou en Louisiane pour s’en apercevoir.
Le pétrole peut ainsi être vu comme le « sang » qui circule dans le « corps » américain. L’histoire des interventions extérieures occidentales, dirigées par les États-Unis, montre aussi l’importance de la dimension énergétique dans leur processus de décision. Ainsi, innover ou se lancer dans une aventure pétro-gazière rencontre un niveau d’acceptabilité élevé dans la « culture » américaine. Et le développement récent du gaz de schiste ne fait pas exception.

Sur le plan géologique, l’exploration puis les tests de production préliminaires démontrèrent dès le départ la profitabilité des activités de gaz de schiste menées sur de larges zones (via de nombreux forages drainant de petits volumes par puits -en comparaison des champs conventionnels). La géologie américaine se prête à ce type d’exploitation. Ainsi des zones majeures comme le Bakken au nord, le Marcellus à l’Est ou l’Eagle Ford au Sud sont actuellement exploitées. Les États-Unis disposant de grandes zones à densité d’habitants faible bénéficient d’un contexte favorable au développement de ces activités.

Au niveau juridique, une partie des États-Unis octroie un droit sur le sous-sol (contrairement au droit français) à ceux présents en surface. Cela signifie que lorsque qu’un rig de forage arrive à proximité de lieux de vie, dans une zone où la terre (et son sous-sol) appartient aux habitants, un « deal » fondé sur de généreuses « royalties » (liées aux revenus associés de la production) est possible. Les nuisances inhérentes à ce type d’activité, telles que l’arrivée d’équipements lourds (les allers et venues de camions transportant les liquides de fracturation ou abimant les routes…), sont ainsi plus facilement acceptées.

La structure de l’économie américaine également facilite ce développement. La réactivité des compagnies de service (forage etc…) est grande, fondée sur un très fort esprit entrepreneurial. La compétition exige une approche « lean manufacturing » des procédés de forage pour obtenir un coût très faible. Les travailleurs étant habitués à cette façon de travailler (réactivité, implication immédiate) la rentabilité est assurée plus rapidement. La flexibilité de l’emploi est également un facteur de souplesse supplémentaire et permet un ajustement immédiat aux conditions de marché. En outre, les conditions de financement y compris par des particuliers sont plus avantageuses qu’en Europe.

Ces différents facteurs expliquent le succès des activités d’exploration et de production d’huiles et de gaz de schistes aux Etats-Unis.

Des tentatives sont actuellement menées en Amérique du sud et sur d’autres continents (projets en Algérie…) mais aucune autre zone n’a vu jusqu’à présent un succès comparable à celui des États-Unis.
En Europe, les résultats associés aux nombreuses initiatives n’ont pas été concluants pour des raisons géologiques, de coûts etc.

La France pourrait-être riche en hydrocarbures de roche mère, dit-on, mais rien n’a été formellement prouvé à ce jour.
La France présente un « profil » particulier. Celle-ci a acquis une très grande indépendance énergétique grâce au nucléaire (assurant près des ¾ de ses besoins en électricité). Elle est un des pays les moins émetteurs en dioxyde carbone d’Europe (par habitant).
Le recours à l’huile et au gaz de schiste comme possibilité d’accroître son indépendance énergétique (à l’exemple de la Pologne) est réellement faible.
D’abord, la France compte une major pétrolière - presque la seule non anglo-saxonne – qui permet de la représenter et de subvenir aux besoins dans de nombreux pays/projets.
Aussi peu de conditions sont réunies pour une réussite comparable à celle des États-Unis. La France pâtît d’une opposition publique et médiatique sur le sujet, elle ne dispose pas d’une géologie comparable à celle des Etats-Unis. Sa géographie ne se prête pas à l’exploitation de type américaine (avec positionnement de zones de forage à intervalles réguliers). Les paysages et villages qui font de la France un pays très touristique sont peu compatibles avec des activités d’exploration d’huile et de gaz de schiste.
Si ces obstacles, non négligeables, étaient surmontés, restent une faible stabilité juridique (existence de permis conventionnels non renouvelés alors que ce dût être automatique, exploitation du gaz de schiste bannie par les pouvoirs publics), une faible incitation économique (aucune disposition juridique n’incite les particuliers à recevoir des revenus associés à une production à proximité de leur habitation), et des conditions d’emploi obérant la capacité de réactivité immédiate, parfois excessive, aux fluctuations des prix du pétrole ou du gaz.

Pourtant, quelques actions seraient à mener, afin de nous assurer un avenir sur le sujet et nous maintenir dans la compétition mondiale :
Rien n’interdit de mener à terme une ou deux études « pilote(s) » pour disposer ainsi d’un avis complet et arrêté sur la géologie exacte du sous-sol français.
Interdire a priori l’importation de gaz de schiste liquéfié américain comme ceci est parfois proposé, reste à portée limitée. En effet, refuser le peu de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) originaire de gaz de schiste américain n’aurait qu’un impact marginal pour la France. L’immense majorité du GNL importé provient de champs de gaz conventionnels.
En outre, l’Etat dispose d’une participation dans Engie. Cette société devrait acheter du GNL américain ; elle co-développe actuellement le projet Cameron LNG aux Etats-Unis...

Sans exclure la promotion et le développement du savoir-faire français acquis à l’étranger dans les domaines de l’exploration et de l’exploitation des huiles et gaz de schistes, cette activité apparait encore aujourd’hui en « devenir » et peu mûre, tant dans l’esprit des décideurs que des acteurs, en France.
L’opposition des communautés locales, les nuisances associées à un développement de type américain et les raisons évoquées ci-dessus ne plaident pas en faveur de l’exploitation des hydrocarbures de roche mère en France.
Et, soulignons-le aussi : la France est globalement indépendante en énergie grâce au nucléaire. Il est même plus pertinent de continuer à soutenir ce secteur de pointe ; les énergies renouvelables n’étant qu’intermittentes...

L’une des pistes alternatives et utiles à suivre, de notre point de vue, consisterait à investir dans la recherche liée au stockage d’énergie. Cette technique permet de pallier l’intermittence des énergies nouvelles (éoliennes, panneaux solaires…).
Elle apparaît plus utile et plus acceptable pour permettre le rééquilibrage voulu avec le nucléaire, que l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère, en France.
Cela pourrait passer par le soutien ou l’établissement de partenariats au sein de la francophonie, par exemple, pour aider ces pays africains amis à développer des ressources locales (l’Afrique utilise une quantité croissante de gaz dans sa consommation domestique).
La France, qui manque également de fonds d’investissements dans l’amont pétrolier pour soutenir ces grands projets, pourrait chercher à s’en doter aussi.

Quelques pistes sont ainsi proposées et avant d’initier une éventuelle querelle énergétique (que le gaz de schiste semble induire actuellement), il serait plus utile de développer et d’exploiter au mieux nos potentiels actuels.